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Blog de Sessi

Ce blog est dédié à la Culture, aux Arts et au Tourisme du Bénin.

jeudi 18 décembre 2008

Rencarts 2008

De la symbiose entre les arts plastiques et  vivants

Suite à trois éditions successives, le festival international des arts plastiques « Miwononvi » initié par Artisttik Bénin seOusmane_Al_dji transforme cette année en un espace de promotion des arts de scène avec des attractions de musique, de théâtre et autres. Pour cette édition innovante, l’atelier plein air des tableaux a déménagé sur l’esplanade de la Place Lénine à Akpakpa pour donner à voir des couleurs et des motifs du 12 au 20 décembre prochain.

Sessi T.

« L’eau et l’énergie à l’heure du changement climatique » ! Voilà  la thématique de la création des nombreuses toiles qui trônent royalement sur la place Lénine depuis le 12 Décembre dernier et dont le vernissage a eu lieu  le mardi 16 Décembre 2008. Pour cette moisson de beaux tableaux d’art et de sensibilisation sur l’eau et le changement climatique, une dizaine de plasticiens africains a été mise à contribution.  Ils viennent à la fois du Bénin, du Burkina Faso, du Nigeria, du Libéria, du Ghana, de la Sierra Léone et du Niger. On retient des noms comme : Thierry Gansa, Gigot, Kiffouli, Adjamalé Eusebe, Guézo Romuald, Bimo, Dossevi Ohini, Blanche Ouédraogo, Julien Dègan et Angelo Sanougan. Rivalisant d’ardeur et de savoir faire, ils ont su donner vie à  leurs différentes inspirations orientées dans le sens de la thématique. C’est le concept même de Miwononvi, qui pour cette édition a connu une mutation pour se voir avec plus d’étoffes donnant la main aux arts vivants. Le festival « Miwononvi » d’alors axé essentiellement sur les arts plastiques, devient  Renc’art, à cause du besoin d’ouverture et de rencontre des arts et des acteurs.

Il s’agit d’un cadre de promotion des différentes filières des arts, qui se met progressivement en place. Au-delà des arts plastique, la musique, le théâtre et le conte se greffent à la programmation. On cite déjà comme tête d’affiche pour Renc’art 2008 des vedettes qui ont pour nom  Ignace Don Metok, Ola Shegun et John Arcadius. Il s’agit de concert programmé à partir de 22 heures à  l’aube pour permettre aux mélomanes de prendre du plaisir. L’espace du théâtre sera meublé par la représentation de la pièce « Contradiction » mise en scène par Ousmane Alédji, promoteur en chef de Renc’art. Un concept singulier et fédérateur des disciplines des arts et en même temps des acteurs culturels. « Nous envisageons faire de ce festival un deuxième Masa (Marché des arts et du spectacle Africain), mais organisé par les artistes eux-mêmes avec le soutien des partenaires » révèle Ousmane Alédji. Pour cette édition inaugurale des Renc’arts deux lieux sont exploités : la place Lénine à Akpakpa et le  Centre Culturel Français de Cotonou, qui accueillera le vendredi 19 Décembre prochain le spectacle de théâtre « Contradictions ». Le centre d’attraction reste en tout point l’exposition vente des toiles de sensibilisation à la place Lénine. C’est du donner à voir et du plaisir à prendre !

Programme des activités
Mercredi 17 Décembre
8h à 12 h :
Travaux en atelier
18h à 20h : Projection de film sur l’eau

Jeudi 18 décembre
8h à 12 h :
Travaux en atelier
16h à 18h : Echange avec M. Ludivic Fadaïro

Vendredi 19 Décembre
8h à 12 h : Travaux en atelier
21h : Spectacle « Contradiction » au Centre culturel Français de Cotonou
22h à l’aube : Concert de Nila à  la Place Lénine

Samedi 20 Décembre
8h à 12 h : Travaux en atelier
18h à 20h : Projection de film sur l’eau
15h 30mn à 16h : Vernissage
16h à 18h : Cérémonie de clôture
21h à l’aube : Concert de John Arcadius à la Place Lénine.

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jeudi 10 avril 2008

Spectacle déambulatoire « Awobobo Zinkpè »

L’inédit du fitheb 2008 !

La troisième journée de la neuvième édition du Festival International de théâtre du Bénin (fitheb) a connu son côtéVespa_cargo festif et populaire à travers le spectacle déambulatoire « awobobo Zinkpè ». Quatre géantes pièces ont su crée l’inédit à travers la ville de Cotonou. C’est une initiative du plasticien Dominique Zinkpè. Liesse populaire et découverte.

Sessi T.
« Awobobo Zinkpè » en langue populaire fon. « Epoustouflant » en français ! Un concept nouveau, une nouvelle approche de l’installation chez le plasticien Zinkpè. Il a su l’imposer dans le cadre de la neuvième édition du Fitheb. Curiosité. Attraction. Commentaires. Emerveillement ! Le public de Cotonou et les festivaliers sont restés éberlués à la vue de cette grosse artillerie artistique du célèbre plasticien Béninois Dominique Zinkpè. Quatre pièces de curiosité, qui retracent  le quotidien du béninois et symbolisent les moyens de transport les plus utilisés dans ce pays. Une forme de théâtre dans la rue pour ce fitheb, prévu du 22 au 30 mars 2008.

Taxi_limousineUne vespa « cargo » monstre de cinq mètre de long, surmonté d’un triangle et une tête d’homme sculptée, la gueule largement ouverte. Une limousine taxi brousse à deux têtes, long de huit mètres, (en réalité, deux voitures Renault 4 soudées en tête à queue)  surchargée de bagages et de cages à volailles et à bord des passagers sculptés. Le zémidjan monstre aussi ! Il remorque une cliente mastodonte, qui porte de bagages énormes sur la tête. Et enfin une pirogue mouvant sur terre ferme avec des sculptures mobiles mécanisées. Le personnage principal de cette pirogue a un gong en main pour annoncer  la venue du fitheb au public. C’est l’inédit au fitheb ! Le spectacle déambulatoire a investi  le cœur de la ville de Cotonou à  travers un itinéraire précis avec une scénographie adaptée. Parti du siège du fitheb, il a atterri au village du festival à  la place du souvenir en passant par l’étoile rouge, Cadjèhoun, et l’église Bon pasteur. La foule n’a cessé de s’enfler à chaque étape. Découverte d’une folie ingénieuse.

Admiratrice, cette foule s’interroge toujours. Le spectacle est unique. Des sculptures de la barque motorisée qui font des mouvements à l’image de l’homme, dénotent  d’une ingéniosité monstre. « C’est de la création. Chacun crée dans son univers » s’exclame un admirateur. A un autre de s’émerveiller : « On n’aura tout vu chez les artistes ». Ce spectacle n’a laissé personne indifférent. Cela interpelle, amuse ou fait réfléchit. Des murmures aux réflexions chacun y va de son imagination et de sa sensibilité pour s’approprier à la fois le spectacle et les installations de Zinkpè.

Il s’agit d’une perfection dans l’art du plasticien ! On  l’a connu avec les installations « taxis Zinkpè » et ses déclinaisons. Ces pièces avaient fait le tour de l’Afrique et du monde. Cette année-ci l’artiste montre une sorte d’exagération dans les formes et les couleurs. Il a introduit dans sa création de la mécanique avec des matériaux spécifiques. Il a fait l’option de mouvoir ses créatures et de les habiller avec des canettes vides de coca cola récupérées et taillées.
Même si les mouvements mécaniques ne sont pas totalement à la perfection pour exprimer le désir de l’artiste, le spectacle a eu le mérite de faire voir et de faire bouger une foule pour les drainer aux activités du fitheb. Ingéniosité et élévation se donnent ici la main pour accorder à cette œuvre de Zinkpè une certaine noblesse. Mais jusqu’où  l’artiste va-t-il continuer de nous étonner ? Seules les années à venir nous le diront.

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lundi 18 février 2008

La sculpture sur bois au Bénin

Un héritage désormais accessible à tous
Autrefois spécificité des familles Donviné au  temps des royautés au Bénin, la sculpture sur bois est devenu aujourd’hui une activité artistique, qui s’ouvre à toute personne désireuse de s’y adonner.

Armelle Ahoudjo
« Je suis venu à la sculpture sur bois par pure décision pédagogique». Cette déclaration de l’artiste plasticien Béninois Koffi Gahou démontre que la sculpture n’est pas un métier de caste. Devenu sculpteur pour l’homme au képi a été une histoire d’ambition à la fois personnelle et professionnelle. «  Mon ambition est de  réaliser sur bois tout ce que je pense et surtout améliorer l’art traditionnel béninois qui est resté pendant longtemps attacher  aux représentations des symboles royaux d’Abomey » affirme t-il. Il s’agit là pour le plasticien polyvalent d’une démarche de prise  en charge professionnelle avec pour finalité une révolution dans le secteur resté trop longtemps statique. Représentation des symboles royaux, animaux et oiseaux rappellent la bravoure des rois d’Abomey depuis le 17è siècle.

A cette époque l’art en général, mieux l’artisanat d’art a été une affaire royale, où des familles en sont dépositaires. Nous sommes au 17è siècle où la dynastie royale d’Abomey vivait ses heures de gloire. La technique de chaque art est l’apanage d’une caste. On distinguait la caste des orfèvres du cuivre, liées à la famille Hountondji et la caste des tenturiers spécialité de la famille Yèmadjè. La sculpture sur bois a pour dépositaire la collectivité Donvidé. La transmission du savoir à cette époque s’appuie sur l’héritage familial.

Dans sa démarche pédagogique, le « doyen » Koffi, comme il est appelé affectueusement dans le milieu artistique au Bénin a pris appui sur la technique de travail des héritiers sculpteurs de la famille Donvidé.  « C’est à force de travailler le bois avec la famille Donvidé, que je suis devenu sculpteur » explique le plasticien béninois Koffi Gahou.

A l’opposé du « doyen », la sculpture a été une histoire de fascination et de passion chez Fernando Adandossossi, artisan sculpteur à l’atelier commun du Centre de promotion de l’artisanat de Cotonou (Cpa). Il l’exerce en qualité de chef sculpteur depuis 1997. La première rencontre de  Fernando avec la sculpture a été éblouissante. Venu de son village Tori, (situé  dans le département de l’Atlantique) pour les vacances à Cotonou chez un de ses oncles, il fut séduit par les artisans travaillant le bois. « Un jour, lors d’une promenade au Cpa de Cotonou j’ai été séduit par la façon dont le bois était façonné... c’est ainsi que mon aventure a commencé avec le bois » nous confie t-il. Prenant conscience que le travail du bois relevait d’une prédilection et que son avenir y était intimement lié, le jeune passionné de la sculpture s’est très vite inscrit à l’atelier commun du centre de promotion de l’artisanat de Cotonou pour cinq années d’apprentissage de 1991 à 1996. « Aujourd’hui j’exerce ce métier avec fierté et conviction »  confesse t-il.

Loin des castes, la sculpture sur bois au Bénin s’érige facilement, au gré des passions et de la volonté, en activité artistique accessible à tous. Travailler le bois se révèle comme une œuvre artistique  qui nécessite beaucoup de concentration, un esprit d’ingéniosité, des heures et des jours de travail qui varient en fonction de l’objet à produire. « Et c’est justement ce qui justifie la cherté des produits finis » explique Fernando Adandossossi. Le coût des objets sculptés varie aussi en fonction  de l’esthétique, de la grandeur et de la qualité du bois utilisé «  Mon prix varie entre 55 mille et 5 millions de francs cfa » révèle Koffi Gahou.

Une gamme variée de bois

Toute une gamme de  bois est utilisée pour réaliser les sculptures souvent en formes humaines, animales, ou en des représentations de la vie quotidienne. Acajou, teck, abséria, iroko, kakè sont autant de variétés de bois travaillées pour séduire les consommateurs.  L’ébène se révèle toutefois le bois de luxe. « Notre bois de prédilection est l’ébène qui naturellement est noir ou bigarré. » révèle le chef sculpteur de l’atelier commun du cpa. Le prix de ce bois, selon la même source, varie entre 10.000f et 12.500f cfa pour une dimension de 4m sur 30cm de large et d’une épaisseur de 10 cm. Toutefois, il regrette que l’ébène de nos jours est d’une extrême rareté pour cause d’exportation.
Cette réalité n’entame en rien la qualité des sculptures réalisées au Bénin, qui jouit d’une clientèle riche et variée. « La plupart du temps ce sont les européens qui viennent acheter nos produits. Et les quelques béninois qui s’en procurent sont en l’occurrence les hommes de droit » s’exclame le sculpteur au képi. Les objets sculptés une fois achetés servent souvent pour des souvenirs aux touristes, des présents lors des événements heureux et bien d’autres.

Un état de fait, qui lève le coin de voile sur les difficultés que rencontrent les artisans quant à l’écoulement de leurs produits. Manque de stratégie de vente ; absence d’encadrement des acteurs et de déficit de promotion de l’artisanat en général. Triste réalité, qui poussent certains sculpteurs à se convertir dans d’autres secteurs d’activités pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Cela s’explique par le faite « qu’au Bénin on n’a pas la culture de la consommation des œuvres d’arts » regrette Gahou, qui toutefois nuance que chez les européens par contre la consommation des œuvres d’art reste une culture. Cela  pose, selon le doyen des plasticiens, un véritable problème d’éducation de base notamment dans les écoles. Car, remarque-t-il « un béninois qui achète une voiture à 35 millions n’est pas prêt à s’offrir une œuvre d’art à 500 mille ». Pour lui « l’art doit être enseigné dans les écoles »

Cet état de chose requiert des sculpteurs une forte imagination, qui rallie originalité et modernité, devant sublimer le consommateur. « Dans une œuvre d’art, il y a une énergie magnétique qui vous attire et qui vous permet de communiquer tout comme si vous êtes en face d’un personnage, d’un coran ou d’une bible » déclare Koffi Gahou. Sculpter revient à tailler artistiquement  dans le bois l’objet imaginé dans sa propre forme.

Une activité de libre expression
« Il ne suffit pas d’être un bon dessinateur pour être un  sculpteur », avertit Fernando. Pour lui c’est un art que l’on possède avec la pratique. « On n’arrive à capter l’esprit des dessins qu’à force d’exercice au fil des années. » confie le jeune sculpteur du cpa.
Le travail du sculpteur passe par plusieurs étapes à savoir l’étape de la conception qui consiste à représenter l’objet à sculpter sur le bois, celle du polissage pour rendre lisse et enfin la finition. Cet exercice d’esprit exige des outils spécifiques, agissant sur la matière première qu’est le bois. A l’aide du catelaire sous forme de hache communément appelé « hanvi » en langue  goungbé, parlée à Porto novo par les menuisiers, le sculpteur donne la forme voulue appliquée sur le bois. Ensuite des ciseaux biseautés,  interviennent permettant à l’artisan de  tailler la forme voulue de l’objet  à sculpter. A l’étape du polissage interviennent successivement plusieurs autres instruments : la râpe, un instrument plat avec de petites dents en scie à la surface, la lime, des rattoir, et du papier vert. Enfin, l’application de différentes couleurs de cirage (neutre, noir ou marron) vient renforcer l’éclat du bois. Un dernier coup de chiffon passe sur  le produit fini ce qui lui confère toute sa clarté et sa brillance. Et vous voilà face à de belles œuvres d’esprit. Œuvres d’esprit qui témoignent du potentiel culturel dont regorge le Bénin.
La sculpture devenue aujourd’hui un enjeu dans l’économie du Bénin, la qualité de la production, sa promotion au plan national, régional et international doit être une préoccupation de tout un chacun de nous, afin que la culture béninoise impose son identité dans la diversité des cultures.

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Le taxi « Wallaï » de Dominique Zinkpè

Au delà du reflet social, un appel à la conscientisation.
Refléter  des pratiques courantes des populations au travers d’une installation : taxi wallaï. Une ingéniosité qui donne à cette œuvre du plasticien Béninois Dominique Zinkpè tout son sens. A travers « Taxi wallaï », il fait revivre au population nigérienne son vécu, quant à l’utilisation des moyens de transports en commun. 

Sessi T. et Armelle Ahoudjo

Une installation originale ! Elle ne laisse personne indifférent à chaque exposition de l’artiste plasticien Zinkpè. Objets detaxi_walla_ récupération, ustensiles usagers, tout à sa place dans le registre des œuvres de l’artiste. En 2002, il nous propose encore une de ses merveilles : « taxi wallaï ».  Une carrosserie de mi-bus peinte en jaune, entourée de deux rangées de bandeaux verts. Une immatriculation à peine lisible. Des phares non fonctionnels. Au premier plan et bien visible la silhouette d’un chauffeur habillé en sahélien : la tête entourée de bandes de tissus blancs. A côté de lui, trois passagers serrés comme des sardines en boite et encombré  de piles de bagages. Tous habillés en long boubou sahélien de couleurs bigarrées et la tête à l’image de celle du chauffeur. Ainsi se trouve bondé l’intérieur du mini bus, où le profil des passagers assis au bord des issues de secours. 
A l’extérieur et sur le porte bagages se dresse une montage de bagages des passagers : colis de toute nature, sacs en plastiques, boîtes de conserve, cartons, nattes, postes téléviseurs et radio, arrosoirs, pots d’ablution, bien disposés rappellent un taxi brousse avec les divers bagages de ses passagers. A l’extrémité de cette montagne de bagages deux passagers attachés, probablement des passagers en surnombre ou des apprentis comme il est fréquent de voir des apprentis s’arc-bouter à des places de fortunes dans les taxis. Au fronton de cette installation et sur un fond blanc, il est écrit en rouge et bien gras : « wallaï !». C’est le taxi wallaï.

Une installation faite en 2002 au Niger, qui s’inscrivait dans une démarche de l’artiste, depuis 2000 à Cotonou, où il décida de réaliser une série d’œuvres baptisées « Taxi de Zinkpè ». Au total, il en a réalisé huit en Afrique et en Europe. Son travail se repose sur le choix des éléments usuels inspirés de l’environnement pour se rapprocher davantage de la réalité sociale. Puisque « taxi walaï » n’est qu’une suite d’un processus, Zinkpè a bien voulu démontrer l’universalité de l’art de par sa démarche. Inspiré par l’expérience de l’exposition « Harmatan 2000 » du Centre culturel Français de Cotonou, où son  premier taxi est typiquement « béninois », l’artiste s’impose deux ans plus tard une nouvelle expérience au Niger, où il a opéré le choix de ses matériaux sur place. Le résultat fut le même : le taxi wallaï a eu le mérite de révéler au peuple nigérien sa réalité des transports en commun.  Le mérite va aussi à l’endroit du « plasticien sociologue », qui de par son sens aigu d’observation arrive à faire miroiter au peuple sahélien son vécu : l’habillement des personnages de son installation « taxi wallaï » en dit bien long. Sans aucune indication, le visiteur de l’exposition, les identifie facilement. C’est le génie zinkpè. Le chargement hors gabarit du mini bus, sans oublier le choix de la carrosserie d’un mini bus, rappelle des pratiques et usages du peuple nigérien. 
Taxi wallaï, tout en restant collé à la réalité sociale nigérienne reste également une exagération voulue par l’artiste. Les deux personnages positionnés aux deux extrémités du porte-bagages et immobilisés par des cordes à l’image des bagages illustrent parfaitement l’exagération dont a fait usage Zinkpè, l’aiguilleur de conscience. Dans cette installation des êtres humains sont chosifiés. Ce n’est pas de l’entendement humain d’attacher des hommes à l’image des animaux encore moins d’un colis ou un sac de maïs.

Seulement il est aisé de comprendre cette manière de caricaturer la réalité sociale chez Zinkpè, le plasticien engagé. C’est cela sa façon d’exprimer une révolte intérieure face à l’injustice sociale. Des œuvres antérieures au taxi wallaï l’expriment assez éloquemment. Il s’agit par exemple de son installation basée sur l’Afrique perfusée de tous les côtés. Zinkpè expriment son indignation face à la domination des puissances du Nord sur le Sud. Au travers de cette œuvre, il fait passer un message : l’Afrique est toujours malade, alitée et agonisant en dépit des « grosses fortunes de milliers de francs » envoyé par les pouvoirs du Nord en guise d’aumônes, d’aide au développement et bien d’autres formules imaginaires de la domination passive. Zinkpè, de part ces installations retrace autrement les maux qui minent l’Afrique. Une Afrique qui reçoit toujours de l’aide des pays étrangers sans pour autant sortir de sa torpeur. Une torpeur qui ne cesse de la faire ralentir sur presque tous les plans. Zinkpè s’indigne face à une telle Afrique. Mais sa position serait- elle la bienvenue dans un monde de charognard poussé par l’intérêt individuel ?
Sans pour autant apporter la réponse, « taxi wallaï » interpelle aussi la conscience des Africains. C’est aussi un appel à l’Afrique et aux Africains. Car l’œuvre éveille la conscience et invite à une prise de responsabilité. Zinkpè a exprimé son sentiment, un cri de douleur, de détresse, une rage artistique. Mais dans quelles oreilles ?

Posté par tsessi à 14:26 - Arts plastiques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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