mardi 22 septembre 2009
Nomination des Grands Prix Afrique de Théâtre Francophone 2009
77 Nominés pour 14 trophées
Placé sous le parrainage de son excellence Kangni Alemedrojo, le représentant personnel du Chef de l’Etat togolais
auprès de la Francophonie, la soirée de proclamation des nominées de la deuxième édition des Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone a drainé un monde impressionnant de personnalités et amoureux de théâtre au centre culturel français de Lomé. Personne ne voulant se faire compter l’histoire de cette cérémonie atypique, du 28 Août 2009, destinée à promouvoir le théâtre en Afrique francophone, qui rendu public le verdict du jury de présélection présidé par l’écrivain et dramaturge Florent Kouao Zotti.
Sessi T.
Un joli décor estampillé de solennité sur l’imposante scène du théâtre de verdure du Centre culturel Français de Lomé. Tout est mis en place pour honorer le quatrième art africain francophone. Une initiative porté par la Compagnie béninoise de théâtre CBEOA et ses partenaires, qui est à sa deuxième édition. Invités officiels, acteurs togolais de la culture de toute tendance confondue, homme de médias, tous ont répondu favorable à l’appel du comité d’organisation, qui a omis un invité de taille, qui a fini par se présenter de force : la pluie. Du coup tout se bascula dans l’auditorium. Une gymnastique indescriptible des organisateurs ont permis de récupérer l’événement, qui s’est finalement déroulé dans la plus grande prestance à la hauteur des intentions des invités et du public. C’est l’expression d’une solennité et d’une prestance pour une soirée inoubliable au centre culturel Français de Lomé. « J’ai passé de bons moments » s’exclamait un invité à la fin de la soirée.
Une soirée honorée par des personnalités de marque, dont le Parrain de la soirée, Son excellence Kangni Alem, Secrétaire Général de la Commission permanente de la Francophonie, le Chargé aux affaires culturelles de l’organisation de la Zone de Co-prospérité, un représentant du bureau régional Afrique de l’Ouest de la Francophonie, une représentante du service de la coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France au Togo, Monsieur Cyriaque Noussouglo, directeur de la culture région Golfe et Lomé, représentant le ministre togolais de la culture, Apedo Amah, dramaturge et professeur à l’université de Lomé, sans compter la forte délégation béninoise ayant fait le déplacement de Lomé. Je retiens entre autre Ousmane Alédji, expert de la Commission internationale du théâtre francophone, Sophie Métinhoué, Meilleure comédienne 2008 des Grands Prix Afrique du théâtre Francophone, Hermas Gbaguidi, auteur et metteur en scène, Djamila Idrissou Souler, Initiatrice du concours littéraire « Lu pour Vous », Edgard Djossou, promoteur culturel.
Après les protocoles d’usages en pareille circonstance, le menu de la soirée est à présent prêt pour être servi. Du documentaire rétrospectif de la première édition à la proclamation des résultats par le président du jury, une brochette d’attractions artistiques a été offerte au public, qui s’est bien régalé. Je vous fais grâce au passage des pas irrésistibles de danse de Kagni Alem, lors de la prestation de la compagnie Evaglo de Vicky Tchikplonou, aussi lauréate 2008, catégorie meilleur théâtre de sensibilisation.
Au total, 77 nominations ont été proclamées dans 14 catégories pour les 14 Prix à décerner au soir du Samedi 19
Décembre 2009 à Cotonou lors d’un Gala spectacle. Il s’agit des catégories : Meilleur Costume, Meilleur Lumière, Meilleur Metteur en scène, Meilleur Promoteur Culturel, Meilleure Comédienne, Meilleur Comédien, Meilleur Auteur, Meilleur Décor, Meilleure Scénographie, Meilleur Spectacle Elitiste, Meilleur Théâtre de Sensibilisation, Meilleur Média, Meilleur Humoriste et Meilleur Théâtre Populaire.
Les nominés de l’édition 2009 proviennent de 20 pays africains et 03 pays de la Diaspora dont, Algérie, Angleterre, Bénin, Burundi, Burkina Faso, Centrafrique, Cameroun, Comores, Côte d’Ivoire, Etats-Unis, France, Sénégal, Madagascar, Gabon, Guinée Conakry, Guinée Equatoriale, Congo Brazzaville, Djibouti, Niger, Mali, Tchad, Tunisie et Togo. Les Grands Prix Afrique du Théâtre Francophone, à l’instar des Oscars en Europe sont des distinctions annuelles, qui vaudront à leurs récipiendaires, une reconnaissance et une promotion internationales soutenues.
L’initiative vise à distinguer annuellement les professionnels Africains des planches, afin de les hisser au pinacle comme cela se fait dans d’autres domaines et filières artistiques de part le monde. Dès lors la dernière étape sera franchie avec la délibération finale du jury international, qui tranchera pour dégager les quatorze meilleurs hommes et femmes du théâtre en Afrique francophone au sud du Sahara. Rendez-vous donc à Cotonou, en République du Bénin du 17 au 19 Décembre 2009 pour célébrer les talents de la création théâtrale en Afrique. Il ne reste qu’à leur souhaiter bonne chance et que le meilleur gagne !
Consulter la liste des nominés ici: COMMUNIQUE_DE_PRESSE_NOMINES_2009
Lire aussi le discours du Parrain de la soirée des nominations ici: discours_Kangni
Grande finale du concours Clap Ivoire 2009
L’exploit des productions béninoises
Le verdict de la Finale du Concours Clap Ivoire 2009 est tombé samedi 06 septembre dernier à Abidjan à l’occasion de la clôture du festival qui a démarré le 01 septembre dernier. Le Bénin s’est taillé la part de lion en arrachant tous les prix importants du Concours. A l’instar du documentaire «Gaoussi, le mariage parfait » du jeune Lionel Mahugnon Ulrich Doyigbé, qui a bénéficié du prix spécial du jury d’une valeur de 300.000Fcfa, la fiction, «Yawa, à qui le tour» de Samson Adjaho est bien le film béninois qui vient d’inscrire son nom dans les annales des lauréats des grands prix de la finale du concours Clap Ivoire2009, après avoir fait une razzia des nombreux prix de la compétition.
Ce film vient d’être lauréat du grand prix « Kodjo Ebouclé» d’une valeur de deux millions de francs (2.000.000Fcfa), décerné par l’Uemoa à l’œuvre la plus méritante de la compétition. Ce film a également enlevé le trophée du premier prix de fiction d’une valeur de un million (1.000000Fcfa), celui de la meilleure interprétation féminine d’une valeur de trois cent cinquante mille (350.000Fcfa) et celui du meilleur scénario d’une valeur de six cent mille Fcfa (600.000Fcfa).
Le film se déroule dans la cour d’un hôpital, où de nombreux parents de patients attendent inquiets, les résultats de leurs malades. Une jeune femme, malade du cœur, ne pourra pas résister au choc créé par l’annonce du décès de son père. D’où l’intrigue du film.
Le film est l’œuvre de Samson Adjaho, fils de Feu Guillaume Adjaho, grand homme de culture. Ce jeune réalisateur est en fin de formation à l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel (Isma) à Cotonou, de même que Lionel Mahugnon Ulrich Doyigbé, le second lauréat du Bénin.
Plusieurs autres prix ont été aussi attribués dans plusieurs autres catégories dans le cadre de ce concours. Il s’agit du prix du meilleur son attribué à l’ivoirienne, Solange Houessenon, d’origine béninoise, pour son film «Brûle en moi». Ce même film est lauréat du premier prix de film documentaire du concours d’une valeur de 1.000000.
Le deuxième prix de fiction d’une valeur de cinq cent mille (500.000Fcfa) a été attribué à la togolaise, Ingrid Agbo pour son film «Une journée d’enfer». Ce même film a également bénéficié du prix de la meilleure photographie d’une valeur de trois cent cinquante mille francs, (350.000Fcfa).
Soulignons qu’à l’instar des deux lauréats du Bénin, Ingrid Agbo est elle aussi étudiante à l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel (Isma) au Bénin. Le prix de la meilleur interprétation masculine est attribué au film, «Au delà du miroir» de l’ivoirien, Henri Porquet. Le Sénégal s’est contenté du deuxième prix de documentaire, attribué à la jeune réalisatrice Aïcha Thiam pour son documentaire «Papa».
Initié pour booster la production cinématographique et surtout pour susciter des vocations dans le domaine du septième art en Afrique, ce concours est de nos jours, un passage indiqué pour la professionnalisation des amateurs du cinéma.
Le Bénin est à sa quatrième participation, mais jamais n’a pu remporter le grand prix du festival.
Cette année, le festival a regroupé 15 candidats venus de huit pays de L’Uemoa, dont, le Bénin, le Togo, La Côte d’Ivoire, le Burkina, le Sénégal, le Niger, le Mali et la Guinée équatoriale. Rappelons que cette finale accueille deux lauréats par pays, dans les catégories de film fiction et documentaire.
Cette année, les participants à ce festival ont pris part à plusieurs activités dont, un atelier sur le thème, «Création du film, du scénario au montage», animé par Kitia Touré et une conférence sur le thème : «Diversité culturelle et production audiovisuelle, ou comment produire plus et mieux» présidée par Charlemagne Coffi de l'Organisation internationale de la francophonie. Il y a également eu une table ronde des directeurs de la cinématographie des pays de l’Uemoa. Sous l’égide, de Akambi Akala Directeur de la cinématographie du Bénin, modérateur de cette table ronde, les participants ont réfléchi au sujet de la création d’un cadre juridique adéquat et favorable à l’épanouissement du septième art en Afrique.
Franck Raoul Pédro
Patrice Toton : « […] quand tu tues un journaliste, il en naîtra une vingtaine d’autres … »
A propos de la très prochaine représentation de sa nouvelle pièce sur la liberté de la presse
La presse et les fondements de son exercice préoccupent plus d’un esprit aujourd’hui. Parallèlement, dans les
prochains jours, le monde du théâtre béninois verra naître une pièce consacrée à la liberté de presse et au travail délicat des journalistes : Dans l’arène du fou. Son auteur, Patrice Toton, nous parle plus profondément de l’œuvre, à travers cette interview qu’il a bien voulu nous accorder.
Marcel Kpogodo : Bonjour Patrice Toton, tu es en train de travailler sur une nouvelle création intitulée Dans l’arène du fou, et qui est prévue pour être jouée courant décembre 2009. Peux-tu nous parler un peu de cette pièce ?
Patrice Toton : Bonjour Marcel. Je te remercie pour la question et pour l’intérêt que tu accordes à ma modeste personne. Je suis comédien, conteur et, par moments, j’essaie de faire de la mise en scène, puisque j’ai évolué, j’ai fait une école de théâtre, l’Ecole internationale de théâtre du Bénin, dirigée par Alougbine Dine. Sorti de cette école-là, il est important pour moi d’organiser une carrière dans laquelle la comédie a une place, le conte a une place, la mise en scène a aussi une place. Mais, dans mes nuits, dans mes insomnies, dans mes heures de distraction, dans mes heures de contemplation et de réflexion, je cogite un peu sur l’homme, sur les faits sociaux, sur l’humanité, sur la tradition, sur l’histoire du monde, sur même l’histoire du théâtre. Et, ça me tente d’écrire quelques fois ; je n’écris pas forcément parce que je suis auteur, parce que je veux devenir grand auteur, mais j’écris pour traduire quelque chose, pour mettre sur papier ce que je sens, ce que je pense, pourvu que cela soit utile aux autres et à moi-même, à partir d’un certain moment.
Donc, c’est en faisant justement cela que j’ai réussi à écrire une pièce que j’ai titrée Dans l’arène du fou. Cette pièce, j’ai commencé à l’écrire depuis 2003 ; ça a connu des étapes, ça a été joué comme création ou spectacle test, sur le Festival d’Orden Alladatin en 2003 à Parakou. Après, j’ai repris une autre version, j’ai participé à des chantiers d’écriture à Cotonou, organisés par La Comédie de Saint-Etienne, j’ai repris encore une autre version et, en 2007, j’étais à Lomé, à un autre chantier d’écriture, organisé par La Comédie de Saint-Etienne et Escales des écritures. A cet Atelier-là, j’ai encore travaillé sur la pièce avec le grand auteur, Slimane Benaïssa, qui est un Franco-algérien, qui m’a donné des consignes que j’ai exécutées et, enfin, j’ai une version plus ou moins finalisée de la pièce Dans l’arène du fou, que j’ai entrepris de mettre moi-même en scène, avec des comédiens professionnels béninois.
De quoi parle cette pièce ?
Je remonte dans le passé ; il y a un journaliste qui a été assassiné au Burkina Faso, qui s’appelle Norbert Zongo, en 1998. Ce fait de société m’a marqué, comme la mort de Sankara m’a marqué. Je ne suis pas révolutionnaire, mais je suis un admirateur de tous ceux qui se battent pour une cause commune, pour une cause noble. Et, je classe, moi, les journalistes dans cette catégorie d’hommes qui se sacrifient, qui donnent leur intelligence, qui donnent leur savoir à tout un peuple, à toute une nation, qui mettent leur vie au service du peuple. Donc, je suis sensible à ces personnes-là ; tout ce qu’ils font m’intéressent. Du coup, la mort de Norbert Zongo m’a marqué et j’ai décidé de contribuer à mettre fin aux sévices que subissent les journalistes, mais je voudrais donner mon opinion sur cet état de choses et montrer l’importance du journaliste dans une société démocratique, donc, montrer l’importance du quatrième pouvoir dans une société de droit. Alors, ma pièce est essentiellement axée sur cela, sur la protection du journaliste et sur l’enracinement de la démocratie. Dans cette pièce-là, je défends la cause des journalistes. Sans être trop dans de la sensibilisation, j’écris une pièce tout simplement, mais dans cette pièce, il est bien question de la dépénalisation des délits de presse, de la protection des journalistes, de la bonne gouvernance, de l’enracinement de la démocratie ; il est aussi bien question d’une pièce de qualité, au service d’une démocratie durable qui profite à tout le peuple.
Pouvons-nous avoir un petit résumé de la pièce ?
Il s’agit, dans cette pièce, d’une histoire très banale ; je raconte l’aventure d’un journaliste évadé de prison donc, un journaliste en cavale, qui est recherché par le gouvernement, parce qu’il détient des informations qu’il menace de publier, des informations top secret, des informations qui en diront beaucoup sur la mauvaise gouvernance, sur les crimes crapuleux du pouvoir, sur les détournements, sur les violations de la loi fondamentale, sur, également, le blanchiment d’argent, sur tout ce qui salit l’image de nos gouvernants, de nos Etats, de nos peuples, et qui les opposent, la plupart du temps, aux journalistes. Alors, ce journaliste évadé, pour rester en contact avec l’actualité, va prendre la place de son frère jumeau qui est un fou. Celui-ci avait érigé domicile dans un vieil immeuble que j’appelle l’arène du fou ; il va se substituer à son frère le fou qu’il ira cacher quelque part dans les égouts du Palais de la liberté, qui est en face du Palais de la République. Donc, il a pris la place du fou et il suit l’actualité. Comme le pouvoir s’est mis à la recherche du journaliste, il a appris qu’il est allé rendre visite à son frère le fou, avant de disparaître ; le fou est devenu très célèbre du fait que son frère journaliste lui aurait rendu visite. Les policiers, la femme du journaliste évadé, le pouvoir incarné par le ministre de l’intérieur et de la défense nationale, le représentant des journalistes, tout le monde sonne à la porte du fou qui est devenu, du coup, célèbre, sans que personne ne se rende compte qu’en fait le fou dont il s’agissait en ce moment-là, c’était le journaliste lui-même. On a découvert le pot-au-roses à la fin de la pièce qui bascule en drame ; le ministre a trouvé la mort, ainsi que l’un des policiers chargés de traquer le journaliste en cavale, un peu pour dire qu’il faut renouveler le pouvoir, qu’il faut que le pouvoir change de vision à l’endroit des journalistes et que le pouvoir, qui est un pouvoir oppresseur, doit partir et disparaître, pour que vive le pouvoir qui collabore avec le journaliste, qui lui tend la main. A la fin du spectacle, la dernière phrase est dite par le policier survivant, au journaliste et au porte-parole des journalistes : « Vous êtes libres, vous n’avez rien à craindre, le président ne viendra pas, vous êtes libres ». Donc, c’est une manière de dire : « Le pouvoir vous renouvelle toute sa confiance, le pouvoir vous renouvelle son attachement, le pouvoir comprend votre importance et, ensemble, nous allons œuvrer pour l’assainissement de la maison, pour la bonne gouvernance, pour que le peuple vive en paix et que les richesses du pays soient équitablement partagées entre tous ». C’est de cela que je parle.
Tu dis avoir entamé Dans l’arène du fou depuis 2003, mais on constate qu’elle est d’une réelle actualité …
C’est une bonne et belle coïncidence et cela va demeurer ainsi, parce que, je ne suis pas grand auteur, mais je pense que, pour qu’une œuvre théâtrale dure dans le temps, c’est qu’elle parle des événements présents, et continue de parler des événements futurs ; c’est ce que j’essaie de faire. Cette pièce parle, en général, de la liberté de presse, de la liberté d’expression, de la protection du journaliste, de l’enracinement de la démocratie, mais, ces questions ont été abordées depuis la nuit des temps, depuis les siècles passés par de grands auteurs : Victor Hugo parlait déjà de l’Etat de droit, de la libre expression et, on continuera de parler de cela, durant les années, les siècles qui vont venir. Il faut juste savoir aborder le sujet pour que cela reste universel, pour que cela reste un sujet de tous les temps. Et moi, c’est ce que j’ai essayé de faire. S’il plaît à Dieu – j’exagère, ce n’est pas une question de Dieu – mais, qu’il plaise au temps, cette pièce restera l’allié du temps, donc une pièce de tout le temps.
Peut-on dire que Dans l’arène du fou est une pièce de dénonciation ?
En partie, oui, dans la mesure où l’allusion est faite à beaucoup de crimes commis, comme la mort de Norbert Zongo, la disparition mystérieuse de Frédéric Nérac en Irak, l’assassinat crapuleux de Jean Hélène en Côte d’Ivoire, de Michel Congo en RDC, ainsi de suite. Donc, cette pièce fait allusion à tant de crimes, à tant d’actes crapuleux commis sur des personnes de journalistes, ce qui permet de dire que c’est une pièce de dénonciation. C’est aussi une pièce de vision, une pièce de révélation, une prophétie pour dire que, quel que soit ce qu’on fera à l’endroit de la presse, elle est immortelle, elle demeurera immortelle, et qu’il est juste de comprendre et d’accepter, malgré tout, que la presse constitue un quatrième pouvoir, et qu’il faut faire avec ; il faut conjuguer avec la presse, si on veut garder durablement l’Etat de droit, la démocratie. Si on veut cultiver effectivement la bonne gouvernance, il faut comprendre et accepter qu’on ne saurait arracher à tout un peuple la liberté d’expression. Parlant de liberté d’expression, les journalistes représentent donc vraiment cette liberté d’expression dans un Etat de droit.
Est-ce que tu penses te servir de cette pièce pour produire un impact réel sur la situation de la presse au Bénin ?
Justement, c’est pour cela que nous avons entrepris de monter cette pièce en ce moment précis, dans la mesure où, tout d’abord, le problème de liberté de presse reste un problème majeur au Bénin, puisqu’il n’y a pas d’année où on n’entend pas parler de répression sur les journalistes, de journalistes martelés, de journalistes emprisonnés. De deux, nous sommes presqu’en fin de mandat ; il sera question bientôt d’élections présidentielles et d’élections législatives couplées et tout cela interpelle la presse et le pouvoir. Vous connaissez autant que moi, en tant que journalistes, le comportement du pouvoir en ces moments sensibles, vous connaissez également l’engouement des journalistes en ces moments délicats. Nous sommes dans le besoin d’arbitrer, de dire : « Faites attention ! », nous sommes dans le besoin de solliciter une presse de qualité au service d’un pouvoir et d’un Etat conscients de l’importance de la presse, d’un Etat conscient de l’utilité de la presse au service de la démocratie, du développement, de l’Etat de droit. C’est très important pour nous de monter cette pièce en ce moment, de parler, à la fois, à la presse, aux organes de presse, aux journalistes, comme nous parlerons également au pouvoir en place, pour que la paix soit sauvegardée, pour que notre démocratie soit durable, pour que le quatrième pouvoir soit respecté et qu’il respecte le pouvoir exécutif, et que l’Exécutif respecte le quatrième pouvoir, et que le législatif soit impliqué et, élabore les lois. Comme nous parlons de dépénalisation, nous voulons l’interpeller aussi ; cette pièce va interpeller aussi le législatif pour lui dire le besoin d’élaborer des lois pour protéger les journalistes, dans un Etat de droit comme le nôtre. Nous avons tous besoin que la démocratie prospère, que le peuple prospère dans la paix et dans le partage des richesses nationales. C’est ce que nous pensons faire et c’est utile en ce moment.
Qu’en est-il de la distribution des rôles au niveau des acteurs ?
Cela est bien provisoire, puisque nous sommes encore en pleine réflexion autour du casting, quand bien même il est déjà très clair que la pièce sera montée. Il y a, en tout et pour tout, six personnages dans cette pièce et, vous pouvez être rassuré que ces rôles seront confiés à des comédiens professionnels qui ont déjà apporté plus d’une fois la preuve de leur talent, de leur ambition de continuer au théâtre, de continuer à faire du théâtre, d’évoluer dans le théâtre et de mettre leur talent au service de leur nation.
En plus des six comédiens qui vont interpréter les six personnages de la pièce, il y aura un septième acteur qui sera un musicien et qui va jouer du talking-drum, ce que nous appelons en nago le « guinguin » ; il va accompagner, à un moment donné, l’action du porte-parole des journalistes.
On connaît Patrice Toton comme l’un des acteurs béninois ayant une diction remarquable. Est-ce que tu penses interpréter l’un des six rôles de la pièce ?
Je ne crois pas, je ne crois pas. Ce n’est pas possible, parce que, tout simplement, on nous reproche déjà au Bénin, nous, acteurs, culturels, comédiens, d’embrasser beaucoup de choses à la fois. Quand bien même je trouve utile et nécessaire, à la limite, indispensable qu’on ait plusieurs cordes à son arc, il faut quand même tirer une seule corde à la fois. Du coup, je voudrais être à la mise en scène, je voudrais mettre ma vision de metteur en scène au service de cette création, et permettre à d’autres comédiens de s’exprimer en tant que tels et de mettre leur talent aussi au service de cette création.
Un dernier mot ?
Avant d’en arriver au dernier mot, nous allons encore en dire deux qui sont pour moi très importants. Le premier concerne l’utilité de notre théâtre ; il est important aujourd’hui qu’on croie en ce que font les hommes de théâtre, il faut croire que le théâtre constitue une discipline artistique noble, et que le théâtre doit cesser tout simplement, pour des pays comme le nôtre, d’être juste un objet de distraction et devenir un objet de développement ; il faudrait que le théâtre soit un théâtre utile, que notre théâtre parle, que notre théâtre touche durablement, que notre théâtre contribue à changer quelque chose au sein de notre société. Et, c’est vers ce type de théâtre que nous tendons, c’est ce type de théâtre que nous voulons offrir au peuple béninois, c’est un théâtre de développement, c’est un théâtre au service du peuple, au service de la nation ; c’est ce que notre association, l’Association Katoulati s’évertuera à faire, dans les années à venir.
Le deuxième mot concerne la manière dont nous allons procéder pour réussir ce projet. C’est d’abord de remercier ceux qui collaborent déjà avec nous et qui croient en ce projet, comme le Ministère de la Culture, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales qui, à travers sa Direction du fonds d’aide à la culture, subventionne cette création, en nous accordant une aide substantielle qui nous permettra de supporter les charges de décor et de costumes. Mais, il reste beaucoup d’autres charges auxquelles nous allons faire face pour que ce projet soit une réussite. Alors, nous nous faisons d’office l’honneur d’y associer tous les organes de presse béninois, tous les journalistes béninois ; autant qu’ils se sentent utiles à quelque chose, qu’ils nous contactent et qu’ils apportent leur pierre à l’édifice, comme on le dit. Nous nous faisons l’honneur d’y associer aussi la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, à travers son Président, le Ministère de la Communication et des nouvelles technologies, les Ambassades et toutes les structures qui se battent pour la liberté de presse et la protection du journaliste, et aussi pour l’enracinement de la démocratie. Que toutes ces structures retiennent que nous sommes ouverts pour collaborer avec elles et, d’office, leur nom est impliqué à ce projet qui est un projet utile pour notre peuple.
Pour finir, je voudrais dire que ce projet est celui de tout le peuple béninois, de la communauté internationale, de tous les journalistes et, comme nous l’avons su les qualifier dans cette pièce de théâtre, l’océan est trop petit pour les contenir ; nous voudrions aussi que le monde soit trop petit pour contenir cette pièce de théâtre, nous voudrions, comme nous l’avons décrit dans cette pièce, que la presse, quand on la tuera, quand on la détruira, elle se reconstituera dans les minutes qui vont suivre. C’est ce que nous avons dit dans la pièce : quand tu tues un journaliste, il en naîtra une vingtaine d’autres ; c’est comme cela que nous souhaiterions que les échos de cette pièce retentissent et ne cessent de retentir, parce que dès que ce projet est mis en ondes, dès que ce projet est mis sur la toile, il cesse d’être le nôtre, il devient le projet de la Haac, du Palais de la République, de l’Ambassade de France, du Centre culturel français, du Fitheb, du théâtre béninois, de tous les acteurs culturels béninois, de tous les organes de presse, de toutes les entreprises béninoises qui pourront se faire de la visibilité par cette action que nous qualifions de la plus grande action du théâtre en faveur de la presse béninoise et de la presse universelle. Nous n’allons pas arrêter de nous obstiner, nous n’allons pas arrêter de croire en la réussite de ce projet et, inch’Allah, ce sera ainsi.
Propos recueillis par Marcel Kpogodo
Pour contacter Patrice TOTON :
Tél. : (00229) 97 607 209 / (00229) 93 260 388
E-mail : patotcool@yahoo.fr

