« La meilleure des langues est l’action et le théâtre rituel privilégie l’action à la parole »

Il s’appelle Euloge Béo Aguiar. Il est plus connu au Bénin et dans la sous-région ouest africaine sous le pseudonyme de Euloge_B_o_Aguiar      « Masta Cool ». Né à Cotonou en mars 1969, il est humoriste, dramaturge, scénographe et metteur en scène. A son actif une quinzaine de spectacles et cinq albums de comédie musicale, qui lui ont valu des prix mais aussi des tournées en Afrique, en Europe et au Brésil. Artiste engagé, Euloge dirige sa propre compagnie de théâtre Béo Aguiar (C.BEO.A.) depuis 1990. Souvent sollicité, il enfile le manteau de formateur et anime des ateliers de formation. Depuis 2002, Masta cool a entrepris et poursuit des travaux de recherche sur le théâtre rituel pour une dramaturgie spécifique à l’Afrique. Il dévoile ici ses motivations !

Pourquoi avec vous opté pour la promotion du théâtre rituel ?
J’ai choisi travailler dans le  théâtre rituel parce que l’environnement culturel et cultuel du Bénin interpelle énormément sur les origines dithyrambiques du théâtre. Pour le pratiquant  de théâtre comme moi, j’ai très tôt fait de comprendre que le théâtre n’est qu’un rituel dans sa forme et dans son fond. Dans la forme, car  se sont des gens qui se mettent ensemble pour apporter quelque chose aux autres. Dans le fond, puisque le contenu d’une pièce de théâtre est issu d’une inspiration donc a une essence divine. Dans sa finalité le théâtre joue une fonction de catharsis, de purification et quand on observe les rituels de chez nous, il y a les mêmes fonctions qu’au théâtre. Le pratiquant du théâtre rituel fonctionne exactement comme l’adepte dans un couvent vodoun. Car rien qu’avec la direction d’acteur, chez l’adepte on parle de chevauchement par son dieu et au théâtre rituel on dira que  le comédien est habité par son personnage.

Pouvez vous évoquez alors la frontière invisible entre le cultuel et le culturel?
La frontière, c’est le respect. Car les artistes vont chercher leur inspiration dans le cultuel. C’est très tentant et très proche. Le manque de respect du sacré conduit  le culturel à galvauder le cultuel sur la scène. Car dans le culte, il y a des gardiens du temple, qui  n’admettent pas que le secret du sacré entretenu durant des siècles soit dévoilé simplement en l’espace d’un spectacle. Cette frontière est laissée aussi au bon jugement  de chacun et des artistes. Car ce n’est pas parce que, je maîtrise une chanson de couvent, qui suscite d’émotion vive et de frisson, que je dois l’apporter automatiquement sur scène.

Pensez vous que le public béninois se retrouve aujourd’hui dans une mise en scène du théâtre rituel, qui donne plus de place au gestuel, au masque qu’à la parole, une option prise dans votre dernière création « sans commentaire » au Festival International de Théâtre du Bénin en mars 2008 ?
La meilleure des langues est l’action et le théâtre rituel privilégie l’action à la parole. Car un comédien qui  parle trop sur scène se cache derrière la parole. Le public ou le spectateur  se retrouve aisément coller à son identité. Car le théâtre rituel ne souffre pas d’artifice, ni d’enjoliveur. C’est un théâtre qui vient de l’intérieur, du fond de l’individu, qui renvoie à un monde abstrait. L’œuvre ici purifie et fait en sorte que le public retourne avec quelque chose de spécifique à chacun. Car le symbolisme est trop poussé. Ici une simple corde symbolise un lien. Le spectateur ici n’est pas passif. Au rituel il y a comme une connexion qui s’établit entre l’acteur et le spectateur. Ce dernier est captivé par le décor, les accessoires scéniques, la parole, la chanson, le jeu d’acteur et le symbolisme. Tout cet ensemble fait que le spectateur n’est pas passif, il peut se décharger des problèmes, car il voit son propre miroir à l’envers.
Propos recueillis par Sessi TONOUKUIN