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Blog de Sessi

Ce blog est dédié à la Culture, aux Arts et au Tourisme du Bénin.

mardi 19 février 2008

Exposition photo « Malick Sidibé 08 » à la Fondation Zinsou de Cotonou

Un boulevard de souvenirs des années 50 et 60

Un univers rétrospectif de la chaleur, de la fougue juvénile bamakoise des années 50 et 60 s’ouvre à Cotonou,Malick_Sidib_ depuis le dimanche 16 février 2008, à travers les 300 photographies noir et blanc du célèbre photographe Malien Malick Sidibé, lauréat du lion d’or à la 57è biennale d’art de Venise en 2007.

Sessi T.

Une exposition de 300 photos souvenirs de la vie à Bamako sur trois sites permanents. Un studio ambulant et une scénographie mobile dans huit quartiers de Cotonou, la capitale économique du Bénin. Extraits de pensées fortes du photographe. Des installations d’appareils photos pour faire revire l’art de la photographie de plus de quatre décennies antérieures par des prises de vues gratuites du 17 au 23 février. Des projections des diapositifs le soir suivies de films. Une bonne ambiance séduisante pour drainer la foule sur les différents sites. Voilà le bouquet de l’expo « Malick Sidibé 08 » que la fondation Zinsou, spécialisée dans la promotion de l’art contemporain en Afrique, offre au public cotonois. Mais avant l’accueil du public, le vieux photographe ne cache pas sa joie et sa fierté de communier avec le Bénin. « Après Venise, je suis très content d’avoir la plus belle exposition de ma carrière à Cotonou parmi mes frères, » s’exclame-t-il lors du vernissage de l’exposition. Sa joie reste d’autant plus grande à la vue de la représentation grandeur nature de son premier appareil photo, véritable pièce de musée de nos jours. Il n’a pas manqué non plus d’ajouter avec une profonde satisfaction : « je suis comblé dans mon métier et j’ai atteint le sommet  avec mon exposition au Bénin ».

Jeune_sidib_« Malick Sidibé 08 », exposition soigneusement montée par la fondation Zinsou, reste très  vivante et innovantes de par les activités périphériques d’animation et la mise en relief des thématiques par site. Au cœur des « merveilles de Malick », des images festives et d’ambiance des jeunes pour servir de beaux délices aux regards des visiteurs. Look afro des années 50 ; tendance libertine de la jeunesse malienne à se libérer du poids de la tradition, exhibitions de fringues, portraits expressifs de joie de vivre, pose de mariées. Rien ne résiste à l’objectif du chasseur d’images Bamakois. Il peint simplement à l’aide d’images simples et vivantes les réalités quotidiennes de sa société. Il révèle pour la postérité des moments émouvants sur papier. Tout est à capter pour Malick, qui reconnaît qu’il n’est pas écrivain, mais plutôt un historien à travers  l’image. « Je fixe la réalité d’un moment donné avec la photo », s’exclame-t-il. Toutefois, il reconnaît que c’est l’élan des jeunes, qui a été le ferment de son travail. Le reporter de proximité confie que les jeunes ont été très déterminants dans son travail, qui a été enrichi ensuite par les réalisations de studio notamment les portraits créatifs. Il vit à travers ses photographies une complicité et une forte intimité avec ses modèles. Il n’en tire que l’essentiel et l’idéal. La joie, la gaieté, l’élégance et la fougue d’une jeunesse africaine. Les photos de Malick mettent en relief à la fois le beau, l’humour, et la joie d’une société.

Durant trois mois alors le public de Cotonou découvrira toutes les merveilles de l’objectif de Malick Sidibé, qui compteJeune_sidib_1 derrière lui plus de 50 ans de photographie. En chiffre, il totalise 57 expos collectives et 35 individuelles. Une référence africaine, que la fondation Zinsou a bien voulu reconnaître par cette exposition. « Je suis fière de montrer que  l’Afrique ne se résume par qu’à des guerre, ni des sinistres. Elle n’est pas non plus le siège des pandémies. L’Afrique rayonne. Et ceci est valorisé par le travail de Malick » a fait entendre Marie Cécile Zinsou, présidente de la fondation Zinsou, lors d’une conférence de presse à Cotonou. Elle honore ainsi, un modèle de succès de l’Afrique positive, qui a été reconnu au plan international par la 57è Biennale des Arts de Venise en 2007 par la plus haute distinction « le Prix du lion d’or ». Mais en 2003 déjà, il décrocha le prix Hasselblad. Bon visionnaire, Malick a réussi à décrocher à travers ses photographies un mérite. Celui de dire, aux générations présentes et futures, que l’Afrique, c’est la joie, la gaieté et  la fierté de vivre.

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lundi 18 février 2008

La sculpture sur bois au Bénin

Un héritage désormais accessible à tous
Autrefois spécificité des familles Donviné au  temps des royautés au Bénin, la sculpture sur bois est devenu aujourd’hui une activité artistique, qui s’ouvre à toute personne désireuse de s’y adonner.

Armelle Ahoudjo
« Je suis venu à la sculpture sur bois par pure décision pédagogique». Cette déclaration de l’artiste plasticien Béninois Koffi Gahou démontre que la sculpture n’est pas un métier de caste. Devenu sculpteur pour l’homme au képi a été une histoire d’ambition à la fois personnelle et professionnelle. «  Mon ambition est de  réaliser sur bois tout ce que je pense et surtout améliorer l’art traditionnel béninois qui est resté pendant longtemps attacher  aux représentations des symboles royaux d’Abomey » affirme t-il. Il s’agit là pour le plasticien polyvalent d’une démarche de prise  en charge professionnelle avec pour finalité une révolution dans le secteur resté trop longtemps statique. Représentation des symboles royaux, animaux et oiseaux rappellent la bravoure des rois d’Abomey depuis le 17è siècle.

A cette époque l’art en général, mieux l’artisanat d’art a été une affaire royale, où des familles en sont dépositaires. Nous sommes au 17è siècle où la dynastie royale d’Abomey vivait ses heures de gloire. La technique de chaque art est l’apanage d’une caste. On distinguait la caste des orfèvres du cuivre, liées à la famille Hountondji et la caste des tenturiers spécialité de la famille Yèmadjè. La sculpture sur bois a pour dépositaire la collectivité Donvidé. La transmission du savoir à cette époque s’appuie sur l’héritage familial.

Dans sa démarche pédagogique, le « doyen » Koffi, comme il est appelé affectueusement dans le milieu artistique au Bénin a pris appui sur la technique de travail des héritiers sculpteurs de la famille Donvidé.  « C’est à force de travailler le bois avec la famille Donvidé, que je suis devenu sculpteur » explique le plasticien béninois Koffi Gahou.

A l’opposé du « doyen », la sculpture a été une histoire de fascination et de passion chez Fernando Adandossossi, artisan sculpteur à l’atelier commun du Centre de promotion de l’artisanat de Cotonou (Cpa). Il l’exerce en qualité de chef sculpteur depuis 1997. La première rencontre de  Fernando avec la sculpture a été éblouissante. Venu de son village Tori, (situé  dans le département de l’Atlantique) pour les vacances à Cotonou chez un de ses oncles, il fut séduit par les artisans travaillant le bois. « Un jour, lors d’une promenade au Cpa de Cotonou j’ai été séduit par la façon dont le bois était façonné... c’est ainsi que mon aventure a commencé avec le bois » nous confie t-il. Prenant conscience que le travail du bois relevait d’une prédilection et que son avenir y était intimement lié, le jeune passionné de la sculpture s’est très vite inscrit à l’atelier commun du centre de promotion de l’artisanat de Cotonou pour cinq années d’apprentissage de 1991 à 1996. « Aujourd’hui j’exerce ce métier avec fierté et conviction »  confesse t-il.

Loin des castes, la sculpture sur bois au Bénin s’érige facilement, au gré des passions et de la volonté, en activité artistique accessible à tous. Travailler le bois se révèle comme une œuvre artistique  qui nécessite beaucoup de concentration, un esprit d’ingéniosité, des heures et des jours de travail qui varient en fonction de l’objet à produire. « Et c’est justement ce qui justifie la cherté des produits finis » explique Fernando Adandossossi. Le coût des objets sculptés varie aussi en fonction  de l’esthétique, de la grandeur et de la qualité du bois utilisé «  Mon prix varie entre 55 mille et 5 millions de francs cfa » révèle Koffi Gahou.

Une gamme variée de bois

Toute une gamme de  bois est utilisée pour réaliser les sculptures souvent en formes humaines, animales, ou en des représentations de la vie quotidienne. Acajou, teck, abséria, iroko, kakè sont autant de variétés de bois travaillées pour séduire les consommateurs.  L’ébène se révèle toutefois le bois de luxe. « Notre bois de prédilection est l’ébène qui naturellement est noir ou bigarré. » révèle le chef sculpteur de l’atelier commun du cpa. Le prix de ce bois, selon la même source, varie entre 10.000f et 12.500f cfa pour une dimension de 4m sur 30cm de large et d’une épaisseur de 10 cm. Toutefois, il regrette que l’ébène de nos jours est d’une extrême rareté pour cause d’exportation.
Cette réalité n’entame en rien la qualité des sculptures réalisées au Bénin, qui jouit d’une clientèle riche et variée. « La plupart du temps ce sont les européens qui viennent acheter nos produits. Et les quelques béninois qui s’en procurent sont en l’occurrence les hommes de droit » s’exclame le sculpteur au képi. Les objets sculptés une fois achetés servent souvent pour des souvenirs aux touristes, des présents lors des événements heureux et bien d’autres.

Un état de fait, qui lève le coin de voile sur les difficultés que rencontrent les artisans quant à l’écoulement de leurs produits. Manque de stratégie de vente ; absence d’encadrement des acteurs et de déficit de promotion de l’artisanat en général. Triste réalité, qui poussent certains sculpteurs à se convertir dans d’autres secteurs d’activités pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Cela s’explique par le faite « qu’au Bénin on n’a pas la culture de la consommation des œuvres d’arts » regrette Gahou, qui toutefois nuance que chez les européens par contre la consommation des œuvres d’art reste une culture. Cela  pose, selon le doyen des plasticiens, un véritable problème d’éducation de base notamment dans les écoles. Car, remarque-t-il « un béninois qui achète une voiture à 35 millions n’est pas prêt à s’offrir une œuvre d’art à 500 mille ». Pour lui « l’art doit être enseigné dans les écoles »

Cet état de chose requiert des sculpteurs une forte imagination, qui rallie originalité et modernité, devant sublimer le consommateur. « Dans une œuvre d’art, il y a une énergie magnétique qui vous attire et qui vous permet de communiquer tout comme si vous êtes en face d’un personnage, d’un coran ou d’une bible » déclare Koffi Gahou. Sculpter revient à tailler artistiquement  dans le bois l’objet imaginé dans sa propre forme.

Une activité de libre expression
« Il ne suffit pas d’être un bon dessinateur pour être un  sculpteur », avertit Fernando. Pour lui c’est un art que l’on possède avec la pratique. « On n’arrive à capter l’esprit des dessins qu’à force d’exercice au fil des années. » confie le jeune sculpteur du cpa.
Le travail du sculpteur passe par plusieurs étapes à savoir l’étape de la conception qui consiste à représenter l’objet à sculpter sur le bois, celle du polissage pour rendre lisse et enfin la finition. Cet exercice d’esprit exige des outils spécifiques, agissant sur la matière première qu’est le bois. A l’aide du catelaire sous forme de hache communément appelé « hanvi » en langue  goungbé, parlée à Porto novo par les menuisiers, le sculpteur donne la forme voulue appliquée sur le bois. Ensuite des ciseaux biseautés,  interviennent permettant à l’artisan de  tailler la forme voulue de l’objet  à sculpter. A l’étape du polissage interviennent successivement plusieurs autres instruments : la râpe, un instrument plat avec de petites dents en scie à la surface, la lime, des rattoir, et du papier vert. Enfin, l’application de différentes couleurs de cirage (neutre, noir ou marron) vient renforcer l’éclat du bois. Un dernier coup de chiffon passe sur  le produit fini ce qui lui confère toute sa clarté et sa brillance. Et vous voilà face à de belles œuvres d’esprit. Œuvres d’esprit qui témoignent du potentiel culturel dont regorge le Bénin.
La sculpture devenue aujourd’hui un enjeu dans l’économie du Bénin, la qualité de la production, sa promotion au plan national, régional et international doit être une préoccupation de tout un chacun de nous, afin que la culture béninoise impose son identité dans la diversité des cultures.

Posté par tsessi à 14:34 - Arts plastiques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le taxi « Wallaï » de Dominique Zinkpè

Au delà du reflet social, un appel à la conscientisation.
Refléter  des pratiques courantes des populations au travers d’une installation : taxi wallaï. Une ingéniosité qui donne à cette œuvre du plasticien Béninois Dominique Zinkpè tout son sens. A travers « Taxi wallaï », il fait revivre au population nigérienne son vécu, quant à l’utilisation des moyens de transports en commun. 

Sessi T. et Armelle Ahoudjo

Une installation originale ! Elle ne laisse personne indifférent à chaque exposition de l’artiste plasticien Zinkpè. Objets detaxi_walla_ récupération, ustensiles usagers, tout à sa place dans le registre des œuvres de l’artiste. En 2002, il nous propose encore une de ses merveilles : « taxi wallaï ».  Une carrosserie de mi-bus peinte en jaune, entourée de deux rangées de bandeaux verts. Une immatriculation à peine lisible. Des phares non fonctionnels. Au premier plan et bien visible la silhouette d’un chauffeur habillé en sahélien : la tête entourée de bandes de tissus blancs. A côté de lui, trois passagers serrés comme des sardines en boite et encombré  de piles de bagages. Tous habillés en long boubou sahélien de couleurs bigarrées et la tête à l’image de celle du chauffeur. Ainsi se trouve bondé l’intérieur du mini bus, où le profil des passagers assis au bord des issues de secours. 
A l’extérieur et sur le porte bagages se dresse une montage de bagages des passagers : colis de toute nature, sacs en plastiques, boîtes de conserve, cartons, nattes, postes téléviseurs et radio, arrosoirs, pots d’ablution, bien disposés rappellent un taxi brousse avec les divers bagages de ses passagers. A l’extrémité de cette montagne de bagages deux passagers attachés, probablement des passagers en surnombre ou des apprentis comme il est fréquent de voir des apprentis s’arc-bouter à des places de fortunes dans les taxis. Au fronton de cette installation et sur un fond blanc, il est écrit en rouge et bien gras : « wallaï !». C’est le taxi wallaï.

Une installation faite en 2002 au Niger, qui s’inscrivait dans une démarche de l’artiste, depuis 2000 à Cotonou, où il décida de réaliser une série d’œuvres baptisées « Taxi de Zinkpè ». Au total, il en a réalisé huit en Afrique et en Europe. Son travail se repose sur le choix des éléments usuels inspirés de l’environnement pour se rapprocher davantage de la réalité sociale. Puisque « taxi walaï » n’est qu’une suite d’un processus, Zinkpè a bien voulu démontrer l’universalité de l’art de par sa démarche. Inspiré par l’expérience de l’exposition « Harmatan 2000 » du Centre culturel Français de Cotonou, où son  premier taxi est typiquement « béninois », l’artiste s’impose deux ans plus tard une nouvelle expérience au Niger, où il a opéré le choix de ses matériaux sur place. Le résultat fut le même : le taxi wallaï a eu le mérite de révéler au peuple nigérien sa réalité des transports en commun.  Le mérite va aussi à l’endroit du « plasticien sociologue », qui de par son sens aigu d’observation arrive à faire miroiter au peuple sahélien son vécu : l’habillement des personnages de son installation « taxi wallaï » en dit bien long. Sans aucune indication, le visiteur de l’exposition, les identifie facilement. C’est le génie zinkpè. Le chargement hors gabarit du mini bus, sans oublier le choix de la carrosserie d’un mini bus, rappelle des pratiques et usages du peuple nigérien. 
Taxi wallaï, tout en restant collé à la réalité sociale nigérienne reste également une exagération voulue par l’artiste. Les deux personnages positionnés aux deux extrémités du porte-bagages et immobilisés par des cordes à l’image des bagages illustrent parfaitement l’exagération dont a fait usage Zinkpè, l’aiguilleur de conscience. Dans cette installation des êtres humains sont chosifiés. Ce n’est pas de l’entendement humain d’attacher des hommes à l’image des animaux encore moins d’un colis ou un sac de maïs.

Seulement il est aisé de comprendre cette manière de caricaturer la réalité sociale chez Zinkpè, le plasticien engagé. C’est cela sa façon d’exprimer une révolte intérieure face à l’injustice sociale. Des œuvres antérieures au taxi wallaï l’expriment assez éloquemment. Il s’agit par exemple de son installation basée sur l’Afrique perfusée de tous les côtés. Zinkpè expriment son indignation face à la domination des puissances du Nord sur le Sud. Au travers de cette œuvre, il fait passer un message : l’Afrique est toujours malade, alitée et agonisant en dépit des « grosses fortunes de milliers de francs » envoyé par les pouvoirs du Nord en guise d’aumônes, d’aide au développement et bien d’autres formules imaginaires de la domination passive. Zinkpè, de part ces installations retrace autrement les maux qui minent l’Afrique. Une Afrique qui reçoit toujours de l’aide des pays étrangers sans pour autant sortir de sa torpeur. Une torpeur qui ne cesse de la faire ralentir sur presque tous les plans. Zinkpè s’indigne face à une telle Afrique. Mais sa position serait- elle la bienvenue dans un monde de charognard poussé par l’intérêt individuel ?
Sans pour autant apporter la réponse, « taxi wallaï » interpelle aussi la conscience des Africains. C’est aussi un appel à l’Afrique et aux Africains. Car l’œuvre éveille la conscience et invite à une prise de responsabilité. Zinkpè a exprimé son sentiment, un cri de douleur, de détresse, une rage artistique. Mais dans quelles oreilles ?

Posté par tsessi à 14:26 - Arts plastiques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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