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Blog de Sessi

Ce blog est dédié à la Culture, aux Arts et au Tourisme du Bénin.

lundi 18 février 2008

La sculpture sur bois au Bénin

Un héritage désormais accessible à tous
Autrefois spécificité des familles Donviné au  temps des royautés au Bénin, la sculpture sur bois est devenu aujourd’hui une activité artistique, qui s’ouvre à toute personne désireuse de s’y adonner.

Armelle Ahoudjo
« Je suis venu à la sculpture sur bois par pure décision pédagogique». Cette déclaration de l’artiste plasticien Béninois Koffi Gahou démontre que la sculpture n’est pas un métier de caste. Devenu sculpteur pour l’homme au képi a été une histoire d’ambition à la fois personnelle et professionnelle. «  Mon ambition est de  réaliser sur bois tout ce que je pense et surtout améliorer l’art traditionnel béninois qui est resté pendant longtemps attacher  aux représentations des symboles royaux d’Abomey » affirme t-il. Il s’agit là pour le plasticien polyvalent d’une démarche de prise  en charge professionnelle avec pour finalité une révolution dans le secteur resté trop longtemps statique. Représentation des symboles royaux, animaux et oiseaux rappellent la bravoure des rois d’Abomey depuis le 17è siècle.

A cette époque l’art en général, mieux l’artisanat d’art a été une affaire royale, où des familles en sont dépositaires. Nous sommes au 17è siècle où la dynastie royale d’Abomey vivait ses heures de gloire. La technique de chaque art est l’apanage d’une caste. On distinguait la caste des orfèvres du cuivre, liées à la famille Hountondji et la caste des tenturiers spécialité de la famille Yèmadjè. La sculpture sur bois a pour dépositaire la collectivité Donvidé. La transmission du savoir à cette époque s’appuie sur l’héritage familial.

Dans sa démarche pédagogique, le « doyen » Koffi, comme il est appelé affectueusement dans le milieu artistique au Bénin a pris appui sur la technique de travail des héritiers sculpteurs de la famille Donvidé.  « C’est à force de travailler le bois avec la famille Donvidé, que je suis devenu sculpteur » explique le plasticien béninois Koffi Gahou.

A l’opposé du « doyen », la sculpture a été une histoire de fascination et de passion chez Fernando Adandossossi, artisan sculpteur à l’atelier commun du Centre de promotion de l’artisanat de Cotonou (Cpa). Il l’exerce en qualité de chef sculpteur depuis 1997. La première rencontre de  Fernando avec la sculpture a été éblouissante. Venu de son village Tori, (situé  dans le département de l’Atlantique) pour les vacances à Cotonou chez un de ses oncles, il fut séduit par les artisans travaillant le bois. « Un jour, lors d’une promenade au Cpa de Cotonou j’ai été séduit par la façon dont le bois était façonné... c’est ainsi que mon aventure a commencé avec le bois » nous confie t-il. Prenant conscience que le travail du bois relevait d’une prédilection et que son avenir y était intimement lié, le jeune passionné de la sculpture s’est très vite inscrit à l’atelier commun du centre de promotion de l’artisanat de Cotonou pour cinq années d’apprentissage de 1991 à 1996. « Aujourd’hui j’exerce ce métier avec fierté et conviction »  confesse t-il.

Loin des castes, la sculpture sur bois au Bénin s’érige facilement, au gré des passions et de la volonté, en activité artistique accessible à tous. Travailler le bois se révèle comme une œuvre artistique  qui nécessite beaucoup de concentration, un esprit d’ingéniosité, des heures et des jours de travail qui varient en fonction de l’objet à produire. « Et c’est justement ce qui justifie la cherté des produits finis » explique Fernando Adandossossi. Le coût des objets sculptés varie aussi en fonction  de l’esthétique, de la grandeur et de la qualité du bois utilisé «  Mon prix varie entre 55 mille et 5 millions de francs cfa » révèle Koffi Gahou.

Une gamme variée de bois

Toute une gamme de  bois est utilisée pour réaliser les sculptures souvent en formes humaines, animales, ou en des représentations de la vie quotidienne. Acajou, teck, abséria, iroko, kakè sont autant de variétés de bois travaillées pour séduire les consommateurs.  L’ébène se révèle toutefois le bois de luxe. « Notre bois de prédilection est l’ébène qui naturellement est noir ou bigarré. » révèle le chef sculpteur de l’atelier commun du cpa. Le prix de ce bois, selon la même source, varie entre 10.000f et 12.500f cfa pour une dimension de 4m sur 30cm de large et d’une épaisseur de 10 cm. Toutefois, il regrette que l’ébène de nos jours est d’une extrême rareté pour cause d’exportation.
Cette réalité n’entame en rien la qualité des sculptures réalisées au Bénin, qui jouit d’une clientèle riche et variée. « La plupart du temps ce sont les européens qui viennent acheter nos produits. Et les quelques béninois qui s’en procurent sont en l’occurrence les hommes de droit » s’exclame le sculpteur au képi. Les objets sculptés une fois achetés servent souvent pour des souvenirs aux touristes, des présents lors des événements heureux et bien d’autres.

Un état de fait, qui lève le coin de voile sur les difficultés que rencontrent les artisans quant à l’écoulement de leurs produits. Manque de stratégie de vente ; absence d’encadrement des acteurs et de déficit de promotion de l’artisanat en général. Triste réalité, qui poussent certains sculpteurs à se convertir dans d’autres secteurs d’activités pour pouvoir subvenir à leurs besoins. Cela s’explique par le faite « qu’au Bénin on n’a pas la culture de la consommation des œuvres d’arts » regrette Gahou, qui toutefois nuance que chez les européens par contre la consommation des œuvres d’art reste une culture. Cela  pose, selon le doyen des plasticiens, un véritable problème d’éducation de base notamment dans les écoles. Car, remarque-t-il « un béninois qui achète une voiture à 35 millions n’est pas prêt à s’offrir une œuvre d’art à 500 mille ». Pour lui « l’art doit être enseigné dans les écoles »

Cet état de chose requiert des sculpteurs une forte imagination, qui rallie originalité et modernité, devant sublimer le consommateur. « Dans une œuvre d’art, il y a une énergie magnétique qui vous attire et qui vous permet de communiquer tout comme si vous êtes en face d’un personnage, d’un coran ou d’une bible » déclare Koffi Gahou. Sculpter revient à tailler artistiquement  dans le bois l’objet imaginé dans sa propre forme.

Une activité de libre expression
« Il ne suffit pas d’être un bon dessinateur pour être un  sculpteur », avertit Fernando. Pour lui c’est un art que l’on possède avec la pratique. « On n’arrive à capter l’esprit des dessins qu’à force d’exercice au fil des années. » confie le jeune sculpteur du cpa.
Le travail du sculpteur passe par plusieurs étapes à savoir l’étape de la conception qui consiste à représenter l’objet à sculpter sur le bois, celle du polissage pour rendre lisse et enfin la finition. Cet exercice d’esprit exige des outils spécifiques, agissant sur la matière première qu’est le bois. A l’aide du catelaire sous forme de hache communément appelé « hanvi » en langue  goungbé, parlée à Porto novo par les menuisiers, le sculpteur donne la forme voulue appliquée sur le bois. Ensuite des ciseaux biseautés,  interviennent permettant à l’artisan de  tailler la forme voulue de l’objet  à sculpter. A l’étape du polissage interviennent successivement plusieurs autres instruments : la râpe, un instrument plat avec de petites dents en scie à la surface, la lime, des rattoir, et du papier vert. Enfin, l’application de différentes couleurs de cirage (neutre, noir ou marron) vient renforcer l’éclat du bois. Un dernier coup de chiffon passe sur  le produit fini ce qui lui confère toute sa clarté et sa brillance. Et vous voilà face à de belles œuvres d’esprit. Œuvres d’esprit qui témoignent du potentiel culturel dont regorge le Bénin.
La sculpture devenue aujourd’hui un enjeu dans l’économie du Bénin, la qualité de la production, sa promotion au plan national, régional et international doit être une préoccupation de tout un chacun de nous, afin que la culture béninoise impose son identité dans la diversité des cultures.

Posté par tsessi à 14:34 - Arts plastiques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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