Au delà du reflet social, un appel à la conscientisation.
Refléter  des pratiques courantes des populations au travers d’une installation : taxi wallaï. Une ingéniosité qui donne à cette œuvre du plasticien Béninois Dominique Zinkpè tout son sens. A travers « Taxi wallaï », il fait revivre au population nigérienne son vécu, quant à l’utilisation des moyens de transports en commun. 

Sessi T. et Armelle Ahoudjo

Une installation originale ! Elle ne laisse personne indifférent à chaque exposition de l’artiste plasticien Zinkpè. Objets detaxi_walla_ récupération, ustensiles usagers, tout à sa place dans le registre des œuvres de l’artiste. En 2002, il nous propose encore une de ses merveilles : « taxi wallaï ».  Une carrosserie de mi-bus peinte en jaune, entourée de deux rangées de bandeaux verts. Une immatriculation à peine lisible. Des phares non fonctionnels. Au premier plan et bien visible la silhouette d’un chauffeur habillé en sahélien : la tête entourée de bandes de tissus blancs. A côté de lui, trois passagers serrés comme des sardines en boite et encombré  de piles de bagages. Tous habillés en long boubou sahélien de couleurs bigarrées et la tête à l’image de celle du chauffeur. Ainsi se trouve bondé l’intérieur du mini bus, où le profil des passagers assis au bord des issues de secours. 
A l’extérieur et sur le porte bagages se dresse une montage de bagages des passagers : colis de toute nature, sacs en plastiques, boîtes de conserve, cartons, nattes, postes téléviseurs et radio, arrosoirs, pots d’ablution, bien disposés rappellent un taxi brousse avec les divers bagages de ses passagers. A l’extrémité de cette montagne de bagages deux passagers attachés, probablement des passagers en surnombre ou des apprentis comme il est fréquent de voir des apprentis s’arc-bouter à des places de fortunes dans les taxis. Au fronton de cette installation et sur un fond blanc, il est écrit en rouge et bien gras : « wallaï !». C’est le taxi wallaï.

Une installation faite en 2002 au Niger, qui s’inscrivait dans une démarche de l’artiste, depuis 2000 à Cotonou, où il décida de réaliser une série d’œuvres baptisées « Taxi de Zinkpè ». Au total, il en a réalisé huit en Afrique et en Europe. Son travail se repose sur le choix des éléments usuels inspirés de l’environnement pour se rapprocher davantage de la réalité sociale. Puisque « taxi walaï » n’est qu’une suite d’un processus, Zinkpè a bien voulu démontrer l’universalité de l’art de par sa démarche. Inspiré par l’expérience de l’exposition « Harmatan 2000 » du Centre culturel Français de Cotonou, où son  premier taxi est typiquement « béninois », l’artiste s’impose deux ans plus tard une nouvelle expérience au Niger, où il a opéré le choix de ses matériaux sur place. Le résultat fut le même : le taxi wallaï a eu le mérite de révéler au peuple nigérien sa réalité des transports en commun.  Le mérite va aussi à l’endroit du « plasticien sociologue », qui de par son sens aigu d’observation arrive à faire miroiter au peuple sahélien son vécu : l’habillement des personnages de son installation « taxi wallaï » en dit bien long. Sans aucune indication, le visiteur de l’exposition, les identifie facilement. C’est le génie zinkpè. Le chargement hors gabarit du mini bus, sans oublier le choix de la carrosserie d’un mini bus, rappelle des pratiques et usages du peuple nigérien. 
Taxi wallaï, tout en restant collé à la réalité sociale nigérienne reste également une exagération voulue par l’artiste. Les deux personnages positionnés aux deux extrémités du porte-bagages et immobilisés par des cordes à l’image des bagages illustrent parfaitement l’exagération dont a fait usage Zinkpè, l’aiguilleur de conscience. Dans cette installation des êtres humains sont chosifiés. Ce n’est pas de l’entendement humain d’attacher des hommes à l’image des animaux encore moins d’un colis ou un sac de maïs.

Seulement il est aisé de comprendre cette manière de caricaturer la réalité sociale chez Zinkpè, le plasticien engagé. C’est cela sa façon d’exprimer une révolte intérieure face à l’injustice sociale. Des œuvres antérieures au taxi wallaï l’expriment assez éloquemment. Il s’agit par exemple de son installation basée sur l’Afrique perfusée de tous les côtés. Zinkpè expriment son indignation face à la domination des puissances du Nord sur le Sud. Au travers de cette œuvre, il fait passer un message : l’Afrique est toujours malade, alitée et agonisant en dépit des « grosses fortunes de milliers de francs » envoyé par les pouvoirs du Nord en guise d’aumônes, d’aide au développement et bien d’autres formules imaginaires de la domination passive. Zinkpè, de part ces installations retrace autrement les maux qui minent l’Afrique. Une Afrique qui reçoit toujours de l’aide des pays étrangers sans pour autant sortir de sa torpeur. Une torpeur qui ne cesse de la faire ralentir sur presque tous les plans. Zinkpè s’indigne face à une telle Afrique. Mais sa position serait- elle la bienvenue dans un monde de charognard poussé par l’intérêt individuel ?
Sans pour autant apporter la réponse, « taxi wallaï » interpelle aussi la conscience des Africains. C’est aussi un appel à l’Afrique et aux Africains. Car l’œuvre éveille la conscience et invite à une prise de responsabilité. Zinkpè a exprimé son sentiment, un cri de douleur, de détresse, une rage artistique. Mais dans quelles oreilles ?