L’association « Walô » dans la cadence de la relèveNoortje_et_danseurs

Assurer une bonne relève et une conservation du répertoire de nos danses traditionnelles. Telle est la nouvelle mission, que s’est assignée l’association béninoise pour la redynamisation des arts de la scène « Walô ». Depuis le mois de janvier 2008, elle organise des sessions de formation des formateurs devant assurer cet apprentissage dans les écoles au Bénin. Une action rendue possible grâce à la coopération entre le Nuffic, organisation néerlandaise pour la Coopération Internationale dans l'Enseignement Supérieur et la fondation Le Grand Cru. Un bel exemple de la coopération culturelle.

Sessi T.

Toc toc tac ! Et des pas de danses couplés avec des gestes et mouvements d’ondulation des corps. Tout pour raconter une histoire. Celle des zémidjan (taxi moto) à Cotonou. En position de conducteur, les danseurs se tiennent à la queue leu leu pour offrir une belle scène de danse à la zémidjan avec des séquences de dénonciation de la pollution et de surcharge. Puis d’autres encore avec un processus de modulation et de reconditionnement des corps. Un spectacle qu’offre la vingtaine des danseurs stagiaires en formation de danse de création depuis janvier dernier au siège du festival international de théâtre du Bénin. Sous la supervision des experts Hollandais, Feri de Geus et Noortje Bijvoets de la fondation Le grand Cru, des scènes de danse s’improvisent, s’affinent, se composent, se décomposent et se reconstruisent avec un rythme soutenu et haletant. Les corps s’échauffent et deviennent moites de sueur. L’exercice vaut la peine, car il s’agit du renforcement des capacités des formateurs devant assumer l’enseignement des danses traditionnelles dans les écoles primaires au Bénin.

Une nouvelle expérience
« Nous visons la transmission de nos valeurs culturelles à nos enfants à travers nos danses » précise Richmir Totah, président de l’association Walô. Un objectif que poursuit cette association béninoise de dynamisation des arts de scène depuis l’année dernière avec une session de trois semaines de formation en danse de création à l’endroit des danseurs professionnels de notre pays. Dans cette nouvelle dynamique, il est clair que la mission actuelle est plus grande que celle de l’année dernière. C’est pourquoi explique le président, « nous avons un programme dense subdivisé en quatre saisons pour bien atteindre nos objectifs ». Deux saisons s’ouvrent en effet, en janvier et février pour la professionnalisation des danseurs avec un point d’honneur sur les techniques d’apprentissage avec les enfants. « Dans ma pratique, j’essaie de communiquer  beaucoup avec les stagiaires sur les méthodes d’enseignement des enfants. J’ai une expérience appréciable avec les enfants en Europe, aux Etats-Unis. Il revient alors aux formateurs béninois de choisir la méthode convenable. J’ai remarqué d’ailleurs que les enfants au Bénin sont très disciplinés, mais ne sont pas très actifs à faire des choses individuellement, ce qui n’est pas le cas en Europe. Il serait judicieux d’être ouvert et de s’adapter à l’environnement avec des automatismes. Donc de la flexibilité » conseille la chorégraphe et formatrice Noortje  Bijvoets. Toutefois, elle avoue que l’apprentissage de la danse aux enfants est une excellente chose initiée par l’association Walô. Puisque, selon elle, la danse, stimulant la créativité chez l’enfant et lui enseigne à la fois la discipline de la vie et  la souplesse du corps.
RichmirLa troisième saison du programme de formation prévue pour le mois d’Avril prochain concerne le renforcement de capacités des membres de l’association en Hollande en matière de gestion et de management de projets et d’associations culturels. Et la quatrième saison enfin, qui s’ouvre au Bénin en Avril et mai prochains, envisage aussi bien la formation des formateurs que celle des régisseurs de lumière pour les spectacles de danse. Cependant, rassure le président, toutes les saisons seront couronnées le 17 Mai 2008 à Cotonou par la création et la présentation d’un spectacle de fin de formation.

La qualité de la formation et le rythme soutenu ont permis aux stagiaires aussi de se rendre compte qu’il faut plus de temps pour assimiler les notions et acquérir de nouveaux automatismes. « Les stagiaires eux-mêmes font la différence et apprécient mieux la qualité du travail » apprécie Noortje Bijvoets avant de notifier qu’ils sont dans une démarche de recherche, susceptible d’associer les pièces positives de la danse contemporaine à la danse traditionnelle du Bénin, sans dénaturer le danseur béninois. Rachelle Agbossou, chorégraphe danseuse professionnelle et directrice de la compagnie de danse « Walô » n’est pas d’avis contraire. Mais ajoute que son association est ancrée dans un processus  de formation des futurs danseurs du Bénin. Une initiative, qui du reste apportera de la valeur ajoutée à  l’industrie culturelle de notre pays. D’ailleurs cette action contribuera à coup sûr à la naissance d’une nouvelle race de danseurs capables de mieux exploiter toute la richesse du patrimoine de danse que possède notre pays. Toute la dynamique de création d’un nouveau corps d’enseignants spécialisés dans la danse de création dans notre pays, n’est pas à occulter d’ailleurs. Autant d’actions positives, qui s’inscrivent aussi dans la lutte contre la pauvreté que la sauvegarde du riche patrimoine de danses de notre pays. Elles ont été soutenues  par l’Ambassade du Danemark l’année dernière. Cette année, elles bénéficient de l’appui financier du Nuffic à hauteur de 79.610.700 FCFA. La noblesse de l’initiative fait appel alors à toutes les autres forces pour son renforcement et sa pérennisation.