Le Bénin perd son « rossignol »

Eskill_LohentoDans la consternation totale, la famille des artistes béninois a appris, le vendredi 10 novembre 2006 dernier,  la mort de Eskill Lohento, chanteur principal du Tout Puissant Poly Rythmo, l’orchestre musical des années de gloire du marxisme léninisme béninois. Un décès survenu tôt le matin à suite d’un malaise. Et pourtant, il venait de faire son dernier show musical à la clôture de la fête de la bière le 1er novembre 2006. Les mélomanes Béninois s’en souviendront toujours.

Sessi T.

Le rideau est tombé ! Une page vient d’être tournée pour l’orchestre « Poly Rythmo » de Cotonou, par le décès de Eskill Lohento. A 57 ans, il vient de laisser derrière lui tout un héritage musical pour cet orchestre qui a fait la gloire et la fierté du Bénin dans les années 70. Quand j’ai  eu la chance de l’interviewer chez lui dans le cadre de la sortie du disque « Poly Rythmo Nouvelle formule », un dimanche après midi du mois de mai 2004, il me confiait avec joie qu’il n’a pas dit son dernier mot dans l’arène musical : « le Poly Rythmo n’est pas mort et on n’a pas fini de chanter » concluait-il. Il n’a vraiment pas fini quand on sait que le mercredi 1er novembre dernier, il faisait un grand show musical à la clôture de la fête de la bière sur la scène du centre de promotion de l’artisanat.

Seulement, l’auteur de la chanson mythique « Nini » ne peut plus reprendre son show qui embrase la scène. Il vient de tourner le dos à cette scène pratiquement le micro à la main, laissant derrière lui une famille de 9 enfants. Les mélomanes se souviendront toujours de sa voie de rossignol qui ensorcelle et envoûte le cœur des spectateurs. Ils se souviendront encore et toujours de ses pas de danse qui font de lui une véritable bête de scène.

Les circonstances du décès

La mort de Eskill Lohento est intervenue tôt le matin à sept heures le vendredi 10 novembre 2006. Sentant des  malaises, il demanda à son fils d’aller lui chercher le médecin. A cet instant, ce dernier fit signe à son grand frère qui lui indiquait d’aller chez le médecin et qu’au cas où il serait indisponible de louer un taxi pour l’amener dans une clinique. Mais entre la quête du médecin et l’arrivée du grand frère, l’artiste rendit simplement l’âme dans son lit. Selon des sources proches de la famille, tout s’est très vite passé en l’espace d’un quart d’heure. La même source indiquait que l’artiste ne présentait aucun signe de maladie, ni de malaise la veille.

Qui est Eskill Lohento ?

Compagnon fidèle de Clément Mèlomé, Eskill Lohento a été de tous les combats de l'orchestre Tout Puissant Poly Rythmo dont il est le vocaliste principal. Il a partagé les bons moments de gloire, d'apothéose et de morosité de cet orchestre. Né en 1951 à Cotonou, il fut très tôt orphelin de mère à l'âge de dix ans. Faute de soutien, Eskill s'adonne à la musique pour se maintenir.

Découvert par l'accordéoniste Clément Mèlomé, il a commencé par s'illustrer en 1964. Sa participation active à l'émission récréative des enfants à radio Dahomey avec Cécile Robert, l'a révélé au public. En 1965, il intégra le groupe « Sunny Black Band » de Crépi Wallace. Et ce fut le début d'une aventure sans fin, qui a fait de lui, un rossignol de la chanson béninoise dans les années 60 et 70.

Succession de compositions, d'interprétation et de sorties sur scène dans les différents night club de Cotonou dont « la canne à sucre ». Malgré sa première composition « Gbèminho » en 1965, c'est plutôt avec la chanson « Agbaza min mè » que Eskill a connu un franc succès à partir de 1977, après le festival « Festac » de Lagos avec le T.P Poly Rythmo. Entre 1978 et 1980, il donnait de la sueur froide à Johnny Halliday quand il interprétait sa chanson « Le Pénitencier ». « Quand je chantais « le Pénitencier » Johnny me donnait de l'argent. » confit-il.

Une chose est sûre, sa voix a bercé beaucoup de mélomanes et lui a valu l'estime de bon nombre d'artistes de la chanson française de l'époque. On se rappelle encore ses interprétations en fon de la chanson « le film est triste » et qui a donné le célèbre morceau « Nini ».

Eskill Lohento en chiffres, c'est une quinzaine de compositions, plusieurs grandes apparitions sur scène au Bénin, en Afrique et au Cuba. Marié, il est père de neuf enfants dont deux filles.