Les  beaux délices de Tala Koukoui sur la planche

Vendredi dernier, le public de Porto-novo, la capitale du Bénin a eu droit à la première  représentation de la pièce « collectionneur de vierges » de Florent Couao-Zotti, mise en scène par Tola Koukoui. C’était à  la maison internationale de la culture.

Sessi T.

Emotion ! Forte émotion ! Ovation ininterrompue ! Voilà la scène qui a prévalue à  la fin de la première représentation de la pièce « Collectionneur de vierges » de Florent Couao-Zotti et mise en scène par Tala Koukoui du théâtre Kaidara. Personne en tout cas moi, je n’oserai affirmer avoir perdu une soirée.

Je dis simplement que c’est une soirée réussie par la beauté de la représentation qui une fois encore fait plonger le spectateur dans son univers de tous les jours. La pauvreté. La beauté.  L’instinct de survie.  La solution de facilité. La violence. L’abus sexuel. Tout est presque revisité par le metteur en scène pour éduquer le public à travers la comédie et la réflexion.

Une mission que Tola koukoui a merveilleusement rempli du fait du choix de ses personnages incarnés par des comédiens talentueux de la place. Ernest kao, dont l’incarnation de son rôle de mari  promis par la tradition à Bintou, ne cesse de faire admirablement rire au public de Porto-novo, qui a fait le déplacement de la Maison Internationale de la Culture.

La pièce « Collectionneur de vierge » est le récit de la tragédie de Bintou, une fille de 16 ans belle et pauvre. Orpheline de père, elle vit avec sa mère,  et son frère Oumarou, un casse pied, mieux un adolescent livré à lui-même. Bintou, voulant s’affranchir de la tradition et s’offrir le luxe de la modernité ne trouve comme unique solution, que d’aller dans les bras de Agbon, un riche polygame et collectionneur de vierges.

L’intrigue de la cette pièce s’installe lorsque Oumarou, délégué testamentaire s’acharne à faire respecter la volonté de son père, celle de faire aboutir le mariage promis entre Issa et Bintou. Une façon pour Oumarou de sauver l’honneur de la famille souillé  par la perte de virginité de Bintou, engrossée par Agbon. Pour s’échapper des griffes de Oumarou et de Issa, résolus à la conduire au village pour le mariage, Bintou prend la clé des champs pour retrouver Agbon, son « sauveur ». Suivants ses traces, Bintou fut rattrapée par Oumarou et Issa. Une violente discussion s’installe. Ne pouvant plus tenir tête à la tradition Bintou accepta d’abandonner Agbon pour se plier à la tradition. Ne pouvant accepter la honte Agbon tira un coup de pistolet et Bintou trouve la mort. Pour se faire vengeance la mère de Bintou rendra aussi le coup à Agbon en lui tirant une balle dans la tête. Un fin bien tragique que celle de Bintou, une belle créature vouée à un « bel avenir certaine » !

Cependant au-delà de l’esthétique de la langue et de la belle mise en scène, la première représentation de « Collectionneur de vierges » pose un problème de la scénographie fonctionnelle. Le seul décor de la scène devant servir à multiples usages fait perdre  le rythme et la suite de la pièce au spectateur. La scène telle que montée ne permet pas la fluidité dans l’enchaînement des intrigues. Le temps de planter un autre décor pour une autre scène fait refroidir l’ardeur des comédiens et des spectateurs qui sans un flash back perdrait facilement le fil de la pièce.

L’autre inconvénient de la scène est cet rangement de rideau blanc, qui ne finit pas et qui donne des éléments indésirables dans  le fond de la scène.  Il va falloir revoir  la scénographie de la représentation.

De plus le costume de Oumarou, habillé, style citadin en blue-jeans griffé « Nike », comme un yankee contraste nettement avec le personnage  d’un jeune peulh, soucieux du respect de la  tradition. A ce niveau la copie doit être revue afin que la bonne sauce de Tala Koukoui soit la meilleure de la saison théâtrale qui s’ouvre !